Gys donne corps à l’invisible avec ses sculptures

Lamia Lamia

Certaines œuvres naissent des mains, d’autres semblent venir de plus loin.
Gys façonne des corps… mais surtout des présences.

Originaire de Gimont, elle a toujours eu les mains en mouvement.
Longtemps éducatrice spécialisée, elle accompagnait des enfants en difficulté à travers la création (mosaïque, tissage, bois, peinture). Déjà, l’art comme langage, comme lien.

Puis, il y a une vingtaine d’années, la sculpture s’impose.
Pas comme une évidence tranquille, mais comme une nécessité intérieure.

Elle apprend les bases lors d’un stage, puis s’en détache vite. Ce qui la guide, ce n’est pas la règle, c’est l’intuition. Le corps, l’attitude, le mouvement. Ce moment fragile où la matière commence à respirer.

Ses sculptures prennent souvent la forme de silhouettes féminines. Longilignes, presque en équilibre, elles évoquent l’héritage de Giacometti, tout en portant une texture plus brute, plus organique, qui rappelle Dubuffet.
Ce sont ses influences assumées, mais jamais figées, car elle assemble avant tout des fragments de vie, des fils de fer récupérés, tissus, papiers, cendres, plâtre, aluminium… Parfois même des végétaux (feuilles de palmier, hortensias séchés) viennent habiller ses figures.

Elle construit, recouvre, transforme. Elle donne une seconde existence à ce qui semblait oublié. Et peu à peu, des corps apparaissent, des corps habités.

Chacune de ses sculptures semble porter une histoire silencieuse. Une mémoire, une trace. Gys parle volontiers de “corps et âmes”. Comme si, à travers ces silhouettes, quelque chose d’invisible trouvait enfin une forme, une grâce particulière, une sensualité discrète… un mouvement suspendu.

Elle y dépose une part d’elle-même, sans jamais tout dire. Ses personnages deviennent alors des fragments d’un récit plus vaste, intime, universel, en constante évolution, car rien n’est figé dans son travail. Une sculpture peut attendre, sécher à l’air libre, être reprise, enrichie, patinée, protégée. Jusqu’au moment où elle semble tenir debout, pleinement.

À côté de la sculpture, Gys crée sans cesse : bijoux, accessoires… comme si chaque détail comptait, comme si chaque œuvre pouvait être parée de “petits riens” qui la rendent unique.

Aujourd’hui, elle transmet à son tour, en animant des ateliers de mosaïque à l’Atelier 122 de Gimont. Toujours cette idée que l’art relie, répare, révèle.

Parmi ses inspirations, elle évoque aussi Niki de Saint Phalle, pour cette manière libre et audacieuse d’explorer la figure féminine. Une filiation sensible, plus dans l’élan que dans la forme.

Et puis, il y a ces mots d’Andrée Chedid qu’elle garde en elle :
« Je veux garder les yeux ouverts sur tout ce qui nous aide à mieux vivre et à parier sur l’avenir. »

Tout est là, peut-être, dans cette attention au monde, dans cette capacité à transformer la matière… et ce qu’elle porte.

À La Manufacture, ses sculptures vous attendent, silencieuses, mais profondément présentes. Et si vous prenez le temps de les regarder, il se pourrait qu’elles vous regardent aussi.

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