Aldéric Le Pan, le sculpteur des profondeurs

Lamia Lamia

Aldéric Le Pan vit et travaille depuis plus de douze ans dans le Gers. Installé à Auch, il a choisi Mirande pour y ancrer son atelier, un lieu de création et de transmission où il organise régulièrement des ateliers de modelage céramique. Un espace retiré, propice au temps long, à l’expérimentation et à l’écoute des formes.

Depuis près de vingt ans, il mène un travail qu’il pourrait qualifier d’auto-archéologique : une exploration patiente des territoires intérieurs, où la matière devient le vecteur d’une quête symbolique. Très tôt marqué par un choc esthétique fondateur – la découverte des musées romains à l’âge de dix ans – il n’a jamais quitté le champ de l’art. Dessin, photographie, études de cinéma, puis restauration des monuments historiques. Ce détour par l’apprentissage des techniques anciennes forge durablement sa pratique et nourrit son attachement au passé, aux civilisations antiques et à leurs mythologies, qu’il aborde non comme des vestiges figés mais comme des récits encore vivants.

 

Ce dialogue avec l’archaïque s’est imposé avec une évidence troublante lors d’un voyage en Crète, au musée d’Héraklion. Face aux œuvres minoennes, il éprouve une véritable révélation : nombre des formes qu’il avait sculptées durant sa vie semblaient déjà là, vieilles de trois à cinq millénaires. Une expérience quasi-transe, lui confirmant que son travail s’inscrit dans une mémoire collective, bien antérieure à lui. Il utilise aujourd’hui des méthodes de création inchangées depuis des millénaires, travaillant la terre comme on façonne une présence.

Passionné par la psychanalyse jungienne et les mythologies, il fait dialoguer archétypes et imaginal. Sa sculpture devient alors une interface : un objet autour duquel on peut tourner, porteur d’une valeur esthétique parfois volontaire, parfois involontaire, mais toujours agissante. Inspiré par la pensée de James Hillman, il considère la Grèce non comme un paysage extérieur, mais comme un territoire intérieur où les dieux sont les formes vivantes de la psyché.

Son univers est peuplé d’animaux et de créatures, souvent issus de rencontres réelles. Les animaux marins, et tout particulièrement la pieuvre, occupent une place centrale. Pour lui, les grottes sous-marines renvoient au subconscient : une intelligence indomptée, mouvante, archaïque. Il sculpte sans connaître à l’avance ni la posture, ni le mouvement, ni la couleur finale, laissant la forme émerger d’elle-même, à la frontière entre le sauvage de l’animal et l’humain de l’Homme. Les jarres, fréquemment associées à ses créatures, évoquent l’intériorité, le contenant noble du vivant.

Travaillant principalement la terre, parfois la pierre, comme pour sa remarquable tête de Pan, Aldéric allie une brutalité assumée à des techniques de cuisson, donnant naissance à des œuvres incarnées, presque habitées alliant art brute et sophistication.

Solitaire par nature, amoureux de la vie, du beau, des volumes et des livres d’art, admirateur de Giacometti et de ses bustes en argile, il a atteint une maturité artistique qui lui permet aujourd’hui de lâcher prise, de se laisser traverser par ses pièces.

Il ne livre pas de message, mais fait une proposition ; celle d’un retour au sensible, d’un possible « rebranchement » à la profondeur du monde. Ses sculptures ouvrent des passages vers une quête intérieure universelle, rappelant que chacun peut descendre dans ses propres profondeurs, à condition d’en trouver les portes !

Découvrez le site web d’Aldéric Le Pan ! 

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